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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 10:40

Discours du 14 février 2013

assemblée générale du parti socialiste

salle Guy Ropartz - RENNES

 http://houssein2014.eklablog.fr

 

Chères militantes, chers militants,

 

On vous avait préparés à trouver un seul candidat, ce soir, pour concourir à la fonction de premier des socialistes pour les élections municipales de 2014 à Rennes.

Or contre toute attente, il s'avère que nous sommes trois.

Certains voudraient trouver là une occasion de se lamenter. Il me semble au contraire qu'il y a là une première occasion de se réjouir. En effet, ce qui devait être une simple formalité devient l'occasion d'exprimer la pluralité qui fait toute la richesse de notre engagement politique. Je regrette d'ailleurs que nous n'ayons pas été plus loin dans cette direction, en ouvrant ces primaires à tous les citoyens rennais.

Mais ce dont il faut vraiment se réjouir, c'est l'irruption dans le débat de militants de base. Des militants comme vous qui vont permettre à l'appareil fédéral de se libérer des lourdes chaînes de la routine, de briser la carapace des habitudes et de prendre son envol vers de nouveaux horizons politiques, ouverts par ces mots qui nous sont si chers : socialisme et démocratie.

 

 Dans mon pays d'origine, je me suis battu pour la justice, et j'en connais le prix ! Le mépris et la négation des principes les plus fondamentaux : je les ai vus de mes yeux, je les ai ressentis dans ma chair. En effet, pour ne pas avoir cédé devant l'arbitraire d'un pouvoir dictatorial, j'ai goûté d'un peu trop près au bâton et aux cachots djiboutiens. Pourtant, ni ces mauvais traitements ni la souffrance n'ont entamé ma conviction. Au contraire, la liberté est devenue ma raison de vivre, l'égalité mon combat. Mais pour que ces valeurs existent, il ne suffit pas de les déclamer à tout va, dans la presse ou devant les foules. Il faut encore bâtir un monde dans lequel elles auront toute leur place.

 

Mais pour que ces valeurs existent, il ne suffit pas de les déclamer à tout va, dans la presse ou devant les foules. Il faut encore bâtir un monde dans lequel elles auront toute leur place.

 Je tiens ici à exprimer ma profonde gratitude aux camarades qui m'ont fait partager leur passion insatiable pour ces valeurs en m'accueillant au sein de la grande famille socialiste. J'ai beaucoup appris à leur contact. Je les félicite pour tout le travail qu'ils ont accompli à Rennes : parc HLM, réseau de transports en commun, carte Sortir, zones piétonnes, etc. Grâce à ces différentes réalisations, Rennes est devenu le modèle d'une ville où il fait bon vivre. C'est assurément une bonne chose. Mais ce n'est pas suffisant. Rennes peut encore montrer l'exemple. Elle peut devenir un modèle de rénovation des principes du socialisme ; mais aussi de fonctionnement démocratique de ses institutions.

 

Le socialisme, en effet, ne se réduit pas à la bonne gestion technique des affaires de la cité.

Pour moi, le socialisme, c'est l'engagement en faveur des plus fragiles et des plus démunis.

Mais pour moi, comme pour les anciens Conventionnels, le socialisme c'est aussi, et d'abord, l'égale redistribution des richesses. C'est pourquoi j'ai proposé dans mon programme la création d'une taxe exceptionnelle pour les plus fortunés.

Vous me trouvez trop radical ? Je suis pourtant loin d'être aussi radical que notre président François Hollande. Celui-ci a dit qu'il n'aimait pas les riches. Moi j'aime les riches – mais à condition qu'ils paient leur juste part.

C'est pourquoi je propose également que nous abandonnions le projet de construire des hôtels de luxe ici et là dans le centre-ville. Je ne crois pas que ce soit en ouvrant partout des pots de confiture qu'on se protège le plus efficacement contre les guêpes et les frelons ! Si le socialisme tolère la richesse, il se passe volontiers de la démesure et de l'opulence criminelles.

 

Mais le socialisme, pour moi comme pour un Jaurès, c'est aussi l'inscription de l'égalité dans la loi. C'est pourquoi je propose d'imposer aux entreprises des critères contraignants et transparents pour répondre aux appels d'offres sur les marchés publics.

Mais le socialisme, pour moi comme pour un Saint-Simon, c'est aussi l'égale maîtrise des plus modestes sur leur propre activité. Dans ces conditions, vous comprendrez que la situation du groupe PSA me préoccupe tout particulièrement – comme vous j'en suis sûr. C'est pourquoi je propose non seulement le maintien des emplois et la transition écologique, mais surtout une grande concertation avec tous les personnels sur les finalités et les modalités productives. Ce à quoi j'ajouterais, dans le sillage de l'intervention courageuse de Michel Rocard le 23 janvier dernier : la libération des travailleurs par une forte réduction du temps de travail.

Mais le socialisme, pour moi comme pour un Hessel, c'est aussi l'égalité d'accès aux services publics. C'est pourquoi je propose la gratuité des transports pour tous. C'est pourquoi je réclame aussi le maintien de conditions d'accueil décentes dans les hôpitaux via un veto sur l'instauration de la journée de douze heures. Les personnels soignants ne sont pas des machines. Qui voudrait confier un bras cassé à un urgentiste qui tombe de sommeil ?

Mais le socialisme, pour moi comme pour un Fourier, c'est aussi la fin de toute forme de productivisme triste et la libération des potentiels créateurs au service d'une écologie extatique.

C'est pourquoi, et je sais que je ne suis pas le seul dans cette salle, je m'oppose fermement au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Préférons-nous que les Rennais profitent des compagnies low cost pour passer tous leurs Weekend à Ibiza  ? Ou préférons-nous soutenir l'économie paysanne et approvisionner grâce à elle nos cantines scolaires ?

C'est pourquoi je défends aussi la création d'un pôle d'excellence universitaire et industriel autour du démantèlement nucléaire et des énergies renouvelables. Ce qui est arrivé pas plus tard qu'hier à la centrale de Tchernobyl vous fera bien sentir l'opportunité économique et éthique d'un tel projet.

Mais le socialisme, pour moi comme pour une Louise Michel, c'est aussi l'égale participation de chacun à la bonne administration des affaires communes.

 

Chères militantes, chers militants, le moment est venu d'évoquer devant vous la question de la démocratie.

Vous savez que mon programme repose sur une réforme des institutions locales fondée à la fois sur le principe de l'égale capacité de chacun à participer à la décision publique et sur le principe du tirage au sort. A cet égard, je me félicite que la Fédération ait finalement accepté, à ma demande, de s’en remettre à ce principe du tirage au sort pour fixer l’ordre de passage des trois candidats.

Mais peut-être que cela vous fait un peu peur. Peut-être que chacun d'entre vous se demande, en son for intérieur : et si j'étais tirés au sort ? moi qui n'y connait rien ? moi qui n'ait jamais participé à l'exercice du pouvoir ? Peut-être que chacun d'entre vous se sent illégitime, incapable, incompétent.

 

En tant que socialiste, je sais qu'un ouvrier, une femme de ménage, un chômeur, une militante, un étudiant, une sans-logis, ont autant de légitimité à prendre part à la charge publique que n'importe quel expert technocrate, élevé en plein air et nourri au bon grain dans les grandes écoles de la République. En tant que socialiste, je crois que c'est la même intelligence qui est à l'œuvre chez un artisan, quand il est confronté à un problème de menuiserie, et chez un ingénieur, quand il est confronté à un problème de modélisation informatique. Partout, dans chacune de nos activités respectives, c'est la même intelligence qui est en action – et croyez-moi, il n'en faut pas plus pour prétendre au partage de l'exercice du pouvoir. Ou bien les Rennais seraient-ils plus bêtes que les Islandais, qui ont élaboré leur nouvelle Constitution collectivement, en donnant toute leur confiance à cette égale intelligence de tous et de chacun ?

 

Laissez-moi vous montrer comment les choses pourraient se passer.

 

Vous, Madame, vous serez peut-être tirée au sort pour siéger au conseil de quartier Sud-Gare, et vous recevrez tout naturellement une indemnité pour votre participation à la charge publique – à condition de ne pas vous laisser tenter par la démocratie buissonnière et d'être présente à toutes les séances.

 

Vous, Monsieur, vous serez peut-être tiré au sort pour siéger au conseil de quartier Nord Saint Martin, et vous participerez à la chasse aux grandes enseignes, au profit des petites surfaces marchandes.

 

Vous, Madame, vous serez peut-être tirée au sort pour siéger au conseil de quartier Villejean-Beauregard. Mais vous déciderez aussi des grandes orientations de la politique publique municipale chaque fois que l'assemblée des citoyens se réunira dans le Couvent des Jacobins. En effet, du fait de son héritage et de son nom, ce lieu a toute vocation à devenir le centre de la vie démocratique rennaise, plutôt que le rendez-vous de tous les Accapareurs.

 

Vous, Monsieur, vous serez peut-être tiré au sort pour siéger au conseil de quartier Maurepas-Patton, et vous serez révoqué par l'assemblée citoyenne pour avoir voulu favoriser vos petits copains, en les mettant à la tête de toutes les associations culturelles de la ville.

 

Quant à vous, Madame, vous serez peut-être candidate sur ma liste, et votre fonction de conseillère municipale vous destinera alors à un rôle de conseillère. Mais sachez que c'est aussi une grande responsabilité d'incarner une autorité savante et morale devant l'ensemble des citoyens.

 

Mais je sais aussi que la pratique du tirage au sort peut vous inquiéter pour d'autres raisons. Vous pourriez craindre en effet que les citoyens désignés, ceux qui participeront ensuite à la charge publique, puissent être des voyous, des voleurs, des drogués, des salauds, des pervers, des fachos. Mais en vérité, quand je regarde les individus qui appartiennent à la classe dirigeante actuelle qu'est-ce que je vois ? Je vois aussi, au milieu d'eux, des voyous, des voleurs, des drogués, des salauds, des pervers, des fachos !

 

En tant que socialistes, nous ne pouvons pas croire que ce sont les classes laborieuses qui sont les classes dangereuses ! Nous croyons, nous socialistes, que le peuple peut être bon, patient et généreux, dès lors que ses droits souverains sont respectés. Au contraire, nous croyons que les riches et les gouvernants seront toujours mauvais, orgueilleux, cupides, si leurs fantaisies et leurs passions funestes ne sont pas freinées par une organisation du pouvoir véritablement démocratique. Le tirage au sort, justement, en offrant le pouvoir à n'importe qui, c'est-à-dire à ceux qui n'y tiennent pas particulièrement, permet d'éviter cette professionnalisation de la politique dont tout le monde déplore les dérives – sauf bien sûr ceux qui en profitent, et ceux qui veulent en profiter.

 

J’arrive au terme de ma déclaration.

 

On m'a rapporté un autre motif d'inquiétude. On m'a dit que mon programme allait contre la loi. Que les choses soient bien claires, si je suis élu, le conseil municipal restera lui aussi une entité élue, comme le prévoit le code électoral. Hormis que son rôle sera désormais seulement consultatif, et non plus décisionnel.

 

Mais regardons les choses en face. Certains d'entre vous m'ont reproché de vouloir changer la Constitution. C'est bien le cas ! La révolution copernicienne en politique que j'appelle de mes vœux ne dit pas autre chose.

 

En revanche, je ne pensais pas que vous teniez à ce point, vous autres, à cette Vème République que François Mitterrand a vilipendée jadis comme étant fondée sur un coup d'Etat permanent.

 

Vous me reprochez de vouloir changer les choses ? Mais le changement, c'est pour aujourd'hui ou pour la Saint-Glinglin ? Laissez-moi vous dire ce que je pense. Ce qui m'inquiète, c'est de voir qu'un Parti qui possède la quasi-totalité des pouvoirs, un Parti qui détient les principales villes, les conseils généraux et régionaux, l'assemblée nationale, le sénat, la présidence ; que ce Parti n'ait à nous offrir, en guise de changement, qu'une gestion un peu plus humaine des affaires courantes, dans la même camisole institutionnelle.

 

Du reste c'est dans l'ordre des choses. Un roi, fût-il un roi sympathique, se bat rarement pour l'abolition de la monarchie !

 

Mais à ceux qui se demanderaient encore ce qu'ils ont à perdre et ce qu'ils ont à gagner en soutenant ma candidature, je voudrais confier ces dernières choses.

 

Moi, Maire de Rennes, je serai fidèle aux idéaux du socialisme ;

Moi, Maire de Rennes, je donnerai toute sa portée au mot démocratie ;

Moi, Maire de Rennes, je débusquerai l'injustice partout où elle voudra se dissimuler ;

Moi, Maire de Rennes, je ferai de l'égalité la conséquence du respect de la liberté ;

Moi, Maire de Rennes, je serai une simple autorité morale, et je veillerai à ce que les élus soient écoutés, mais aussi à ce qu'ils s'effacent devant la volonté des citoyens ;

Moi, Maire de Rennes, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que le peuple se saisisse de ses droits et qu'il jouisse enfin de sa pleine et entière souveraineté.

Le 21 février, ne manquez pas d'accomplir un geste pour la démocratie et l'émancipation politique.

 

Houssein IBRAHIM HOUMED

Candidat à l’investiture socialiste pour les élections

Municipales de Rennes 2014

 

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  • : Blog dédié à toutes les victimes de la dictature djiboutienne- Houssein IBRAHIM HOUMED
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  • : Philosophe, Diplômé de l'Université de PARIS-IV-SORBONNE, Professeur de Philosophie des lycées et de l'Université Paul Verlaine, Houssein IBRAHIM HOUMED est également JURISTE en Droit des Affaires.
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